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3. VISITER L'OPPIDUM D'ENTREMONT À AIX-EN-PROVENCE


3.1. Présentation archéologique et historique du site d'Entremont

(dernière mise à jour de cette page : 18/2/2017)

SOMMAIRE

3.1.1. Présentation générale

            1. La Provence antique à l'Âge du Fer
            2. Histoire de l'oppidum d'Entremont
            3. Résurrection d'Entremont
            4. Description de l'oppidum
            5. La vie des habitants d'Entremont

3.1.2. Historique des recherches de 1817 à 1996

            1. Entremont avant Fernand Benoit (1817-1942)
            2. La découverte de la statuaire (1943-1944)
            3. Les fouilles de Fernand Benoit (1945-1969)
            4. Les fouilles récentes (1970-1996)

Supplément : après 1996.


3.1.1. Présentation générale


par Jean-Louis CHARRIÈRE

1. La Provence antique à l’Âge du Fer (8e - 1er siècles avant J.-C.)

La présence des ancêtres de l’homme actuel en Provence est attestée depuis des centaines de milliers d’années (vestiges d'homo erectus près de Nice par exemple). À l’Age du Fer cohabitent plusieurs populations.

La plus ancienne est probablement celle des Ligures, dont le territoire s’étend du Rhône ou de l'Hérault jusqu’à la région de Gênes en Italie. Les Grecs et les Romains les considèrent comme des barbares à la culture fruste, enclins au pillage et à la piraterie, mais fournissant de vaillants mercenaires. On les a longtemps considérés comme des Méditerranéens de langue non indo-européenne installés là depuis longtemps ; mais aujourd'hui, les archéologues préfèrent voir en eux une première vague de migration celtique. Toutefois cette population demeure mal connue.

On trouve aussi des Celtes (que les Romains appellent Galli, Gaulois). Ils sont arrivés probablement assez tôt et progressivement par la vallée du Rhône puis par les Alpes, peut-être dès le 8e s. ou même avant. En tout cas, au 4e s., ils sont devenus assez nombreux parmi les Ligures pour que quelques historiens grecs antiques qualifient cette population mixte de "celtoligure".

Parmi ces Celtoligures, au 2e s. av. J.-C., un groupe semble exercer une certaine hégémonie, ce sont les Salyens (les Romains disaient Salluviens ; ce nom n'a rien à voir avec les prêtres "saliens" à Rome (culte du dieu Mars) ni avec la tribu germanique des Francs Saliens très postérieurs). Le territoire propre des Salyens est centré à peu près autour de l'actuelle ville d'Aix-en-Provence, mais leur autorité semble s'étendre du Rhône jusqu’au Var (le fleuve), et de la Durance jusqu’à la mer. Regroupés le plus souvent dans des villages perchés et fortifiés, appelés oppidums par les historiens, les peuples de cette "ligue" salyenne constituent une force redoutable.

UN PEU DE GRAMMAIRE EN PASSANT…

            Le mot oppidum est emprunté au latin ; il signifie dans cette langue « place forte » ou « chef-lieu ». Quel est son pluriel en français : oppidums ou oppida ? Le Trésor Informatisé de la Langue Française ne donne qu’un seul pluriel : oppidums. Et il a bien raison. Ne disons-nous pas en effet, sans hésitation, pour ces autres mots latins au pluriel : des albums, des aquariums, des forums, des ultimatums, etc ? Le pluriel en -a serait la forme latine, mais si l’on veut appliquer au français les règles de la grammaire latine, cela nous mènera loin ! En effet, cette terminaison en -a n’est correcte que si le mot au pluriel est sujet ou complément d’objet (et encore, en simplifiant beaucoup les choses). Si le mot est complément du nom, il faudra dire oppidorum, et s’il est complément de lieu, ce sera souvent oppidis. De même, au singulier, il faudra dire oppidi ou oppido selon la fonction grammaticale ! On voit à quelle absurdité conduirait le désir d’utiliser en français la grammaire latine. Lorsque le français emprunte un mot à une autre langue, il doit le soumettre ensuite à ses propres règles. C’est pourquoi nous dirons aussi des doliums (jarres) et non pas des dolia.

            Cela dit, parce que le français, comme toutes les autres langues, n’est pas toujours très logique, il y a quelques anomalies consacrées par l’usage : nous disons des maximums, des minimums ou des maxima, des minima
            À l’inverse, nous utilisons en français quelques mots figés au pluriel latin: un agenda, un média. Mais cela s’explique. Si nous disions un agendum (singulier), cela voudrait dire que sur notre carnet, il n’y a toujours qu’une seule « chose à faire » (sens du mot agendum) ! Et si nous disons un médium (ce qui signifie « situé au milieu » en latin), le sens change, c’est en général que nous parlons alors d’une voix intermédiaire entre l’aigu et le grave ou d’une personne qui prétend servir d’intermédiaire entre les humains et les esprits ! Voilà pourquoi ni votre journal préféré, ni votre radio préférée n’est un médium mais seulement un média, c'est-à-dire un « moyen de communication massive » (on dit en anglais mass media) …

 
Des Grecs également se sont installés en plusieurs points du littoral. Ce furent d'abord des habitants de la ville grecque de Phocée (aujourd'hui en Turquie) qui vinrent fonder la colonie de Massalia (Marseille) en 600 av. J.-C. Puis ces Grecs de Massalia créèrent à leur tour plusieurs comptoirs ou colonies sur le rivage : Tauroeis (à Six-Fours-les-Plages), Olbia (à Hyères), Antipolis (Antibes), Nikaia (Nice)... Peu nombreux et dépourvus d’armée importante (ce qui les oblige parfois à engager des mercenaires celtes), ils se protègent derrière de solides fortifications. Mais leur civilisation brillante et leur talent commercial font de Massalia le grand pôle économique de la région. Les gens de Massalia sont appelés Massaliètes ou Massaliotes.

Monnaies d'argent (drachmes) de Massalia


À l’arrière-plan se profile la grande puissance romaine. En effet, au début du 2e s. av. J.-C., à la suite de leur victoire lors de la 2e guerre punique (contre le Carthaginois Hannibal), les Romains détiennent déjà presque toute l’Italie, une bonne partie de l’Espagne et toutes les îles intermédiaires, sans oublier l’Afrique carthaginoise. Un ancien et solide traité d'alliance unit Massalia à Rome et les deux États y trouvent leur compte tantôt pour la guerre, tantôt pour le commerce. 

2. Histoire de l’oppidum d’Entremont

Le nom "Entremont"

Il date seulement du Moyen-Age ; à cette époque, on écrivait en provençal Antremons ou Antremont. Plus tard, les lettrés transposèrent ce mot en latin en écrivant Intermontes. Et à partir du 19° siècle, on s'est mis à écrire en français Entremont. Mais le sens de ce nom ("entre les monts") ne correspond pas du tout au relief de l'endroit. D'après J. de Duranti La Calade (1910), son étymologie pourrait être plutôt un nom de famille du 14e siècle, Tramonto, précédé de la particule honorifique provençale en (réduction de moussen / mounsen = monseigneur) : cf. F. Mistral, Lou tresor dou félibrige. Michel Clerc, en 1916, dans son livre sur Aix antique, écrit "Antremont". Toutefois, d'après F. Benoit (1925), il existe une autre forme, attestée sur un document du 13e siècle, Intermundo, dont le sens est encore plus mystérieux. Et donc on ignore le nom antique. Il est très probable, d’après les documents antiques, que c’était la capitale du peuple des Salyens.

Le choix du lieu

A l’échelle régionale, Entremont se trouve sur l’axe commercial reliant Massalia aux Alpes par la vallée de la Durance, et à peu de distance (env. 6 km) de la voie de circulation est-ouest qui traverse la Provence en passant par les vallées de l’Arc et de l’Argens.

Du point de vue de la topographie locale, le site est un rebord de plateau grossièrement triangulaire. Les côtés sud-est et sud-ouest sont assez bien défendus par un escarpement naturel ; en revanche, les habitants durent construire de longs murs pour se protéger du côté nord. Pour l'approvisionnement en eau, ils avaient probablement des sources ou des puits en contrebas de l'oppidum, du côté sud-est ; en effet, il existe aujourd'hui une source pérenne en haut de l'avenue Eugène de Mazenod, dans un terrain privé, et le quartier de Banon, plus à l'est, est lui aussi humide. On peut cependant noter que lors d'un passage à Aix en 1834, Prosper Mérimée visita Entremont et dans le récit de son voyage il dit qu'il n'y a pas de source aux environs. Par ailleurs, le panorama circulaire est vaste (si on fait abstraction des arbres qui ont poussé à notre époque) et permettait de communiquer visuellement avec plusieurs villages voisins.   

Le choix de cette implantation répondait probablement aussi à un motif religieux, à savoir la présence  d'un sanctuaire plus ancien disparu, dont il subsiste des stèles en pierre bien taillées, réutilisées dans l'oppidum comme pierres de construction, et des bas-reliefs dispersés (voir plus loin le paragraphe consacré au "portique aux crânes").

 

Deuxième rempart, coté nord (photo L.André)

Naissance et croissance d’Entremont

Les fouilles ont montré que la ville avait été créée vers 180/175 av. J.-C. Elle occupait alors seulement un hectare à peu près, au sommet de la colline. C’est le secteur qu’on appelle aujourd’hui la "ville haute" ou "Entremont 1". À quel motif répondait cette fondation ? On ne le sait pas exactement. L'afflux de population était forcément salyen puisque Entremont était la capitale de ce peuple. 

Puis, vers 150 av. J.-C., elle fut considérablement agrandie vers le nord, atteignant 3,5 hectares. Là encore cet accroissement soudain reste inexpliqué. Les côtés nord-est et nord-ouest de la première enceinte, devenus inutiles, furent détruits et on construisit un autre rempart pour protéger cette extension, appelée aujourd'hui "ville basse" ou "Entremont 2".  Ainsi agrandi, Entremont faisait partie des oppidums de taille moyenne de la région. Mais on ignore l’effectif de la population (2000, 3000 habitants ?).

La fin d’Entremont

En 181, les Massaliètes, exaspérés par les violences que les Ligures exerçaient contre leurs comptoirs de Nice et d’Antibes, avaient appelé les Romains à l’aide. Mais il ne semble pas que ces derniers soient intervenus dans ce secteur. En 154, les Massaliètes avaient de nouveau fait appel aux Romains et ce coup-ci ils avaient envoyé une armée qui avait massacré les indigènes, puis Rome avait donné leur territoire à Massalia.

En 125, les désordres ayant recommencé, les Romains furent de nouveau appelés et ils décidèrent alors de soumettre toute la Provence. C’était en fait le début de la conquête de la Gaule (Gallia Transalpina), 67 ans avant les campagnes de César. Ils envoyèrent une armée importante dirigée d’abord par le consul Fulvius, mais une année ne suffit pas et la guerre fut prolongée. En 123, le proconsul Sextius expulsa les indigènes du littoral pour le rétrocéder aux Massaliètes. 
C’est cette année-là aussi que l’oppidum d’Entremont fut pris par Sextius. Une partie de l’armée salyenne avec son roi Toutomotulos put s’enfuir vers le nord chez les Allobroges (en Isère), mais la population fut réduite en esclavage. Toutefois (sans qu'on sache vraiment si cet épisode raconté par un historien grec antique se rapporte bien à Entremont ou à une autre ville indigène), 900 personnes furent graciées à la demande d’un habitant nommé Craton, qui se fit reconnaître comme ami des Romains.

Quoi qu'il en soit, les fouilles ont montré que l’oppidum, après les dévastations de l'assaut, fut partiellement remis en état et continua d’être partiellement habité, tandis que Sextius créait, en 122, une ville de garnison à 2,5 km au sud, près d’une source d’eau chaude et lui donnait son nom : Aquae Sextiae Salluviorum  ("les eaux sextiennes des Salyens"); c’est aujourd’hui Aix-en-Provence, première fondation romaine sur l'actuel territoire français (la suivante sera Narbonne, en 118).

On ignore la date exacte de l’abandon définitif de l'oppidum par les Salyens. Ce fut peut-être en 102 av. J.-C., lorsqu’arrivèrent de puissantes hordes germaniques qui menaçaient d’envahir l’Italie et terrorisaient les habitants sur leur passage. Le consul Marius les arrêta à côté d’Aquae Sextiae et les extermina. Ou bien, plus probablement, en 90 av. J.-C., lors d’une révolte salyenne réprimée par les légions romaines. L’oppidum d’Entremont, né moins d'un siècle plus tôt, sombrait dans l’oubli pour 19 siècles.

3. Résurrection d’Entremont

On avait bien remarqué depuis longtemps, sur la colline d’Entremont, des restes de gros murs, des débris de meules et de céramiques attestant l'existence d'un ancien village, mais sans chercher à en savoir plus. Et puis, en 1817, des séminaristes découvrirent, remployés dans les murs d’un édifice délabré, trois blocs sculptés en bas-relief représentant des têtes et des cavaliers. Après quelques hésitations, ces sculptures furent attribuées à la civilisation préromaine des Salyens et on comprit alors qu'il y avait là un habitat antique.

Bas-relief représentant un cavalier, trouvé en 1817 - musée Granet

 

Mais comme en ce temps-là les "antiquaires" (= archéologues) s’intéressaient en priorité aux vestiges romains, grecs ou égyptiens et que le terrain (privé) était consacré à l'agriculture, il n’y eut aucune fouille, on se contenta de recueillir par hasard, de temps en temps, çà et là un débris de sculpture, des céramiques, des débris de meules, des silex, une pierre de pressoir... Les années passèrent.

En 1943, pendant la guerre, l’armée allemande qui occupait la colline (les bâtiments modernes visibles sur le site datent de cette époque) fit construire une citerne et ces travaux exhumèrent par chance de nombreux morceaux de sculpture: têtes, torses, bras, etc. Ce fut l'événement majeur qui déclencha de vraies fouilles. Dès 1946, le directeur de la circonscription archéologique de Provence, Fernand BENOIT, fit entreprendre des sondages puis de grandes fouilles régulières chaque année, le travail sur le terrain étant dirigé par Robert AMBARD. À la mort de F. Benoit en 1969, le chantier fut poursuivi par R. Ambard, jusqu’en 1976. Entre-temps, l’État avait fait l’acquisition de tout le site et le classa, en 1980, "monument historique". D'autres archéologues chevronnés, notamment Patrice Arcelin et Gaëtan Congès, succédèrent à R. Ambard et améliorèrent très sensiblement la connaissance du site grâce aux méthodes modernes plus performantes.

Depuis le début des années 1990, les campagnes de fouilles sont discontinues et de plus en plus rares. En effet, un sixième environ du site est dégagé, ce qui permet d’en avoir déjà une bonne idée, et le classement le met à l’abri. D'autre part, le budget dont dispose le Service Régional de l’Archéologie (Ministère de la Culture) s'est beaucoup amenuisé et il consacre donc ses ressources à d’autres chantiers prioritaires.

Depuis 1967, l'Association Archéologique Entremont, composée de bénévoles, s'efforce de faire mieux connaître cet oppidum et contribue à son entretien et à son aménagement, dans la mesure de ses moyens. Elle a également fouillé, sous la direction de Jean-Louis Charrière, une huilerie dans la ville basse (de 1976 à 1978 et encore un peu en 1985) et ce chantier a apporté des informations très utiles sur le fonctionnement de ce type d'atelier.

4. Description rapide de l’oppidum

Ce chapitre (4) et le suivant (5) sont beaucoup plus détaillés dans le guide proposé au public par l’Association Archéologique Entremont (voir la rubrique 3.3.1. Bibliographie, publications sur papier).

Un quart de l'oppidum, du côté sud-ouest, couvrant une partie de la ville haute et une partie de la ville basse, n'est pas accessible aux visiteurs. Il ne présente d'ailleurs actuellement qu'un intérêt réduit, étant assez abîmé par l'érosion et diverses activités humaines, et de plus les parties fouillées ont été de nouveau volontairement ensevelies pour les protéger des intempéries.

La ville haute (Entremont 1)

Elle n’est pas complètement fouillée.

L’ensemble a la forme d’un losange, dont les côtés sud-est et sud-ouest sont défendus par l’à-pic rocheux. Sur les deux autres côtés, les habitants ont dû construire une enceinte complète. Le côté nord-est n’a pas été dégagé. Au nord-ouest se dressait une courtine peu épaisse (environ 1 m) renforcée par quatre tours creuses (ou peut-être pleines de terre à l'origine). L'entrée était probablement située à l'anle nord-ouest, mais ce secteur est détruit.

L’urbanisme est très régulier : un quadrillage de rues délimite des îlots à peu près rectangulaires divisés en deux rangées de pièces.

Les rues sont étroites et on n’a découvert aucune place ni aucun édifice pouvant être interprété comme bâtiment public, sanctuaire ou résidence majestueuse d’un chef. Il y en avait peut-être tout au sommet de la colline, mais la fouille a à peine effleuré cette zone de toute façon très abîmée par l’érosion.

La ville basse (Entremont 2)

Elle aussi n’a été que partiellement fouillée : toute la partie orientale n’est encore qu’un parc de verdure, très agréable d'ailleurs, recouvrant les ruines dont la présence est connue par des sondages et des prospections électriques.

Elle occupe 2,5 hectares et se trouve protégée du côté du plateau par un rempart  presque rectiligne de 380 m de long et d’environ 3 m d’épaisseur, renforcé tous les vingt mètres par un bastion plein. On ne connaît aucune porte dans ce mur qui, il est vrai, n’est pas complètement dégagé (le chemin qui le franchit aujourd’hui est un passage moderne). Il y a des indices d'une porte à l'angle est, mais il faudrait fouiller.

L’accès principal se faisait par le flanc sud-ouest, très ruiné et non accessible aux visiteurs. Un autre accès existe sur le flanc sud-est, par une rampe d’escalier traversant la muraille : on l’appelle la poterne.

L’urbanisme de la ville basse est moins régulier que dans la ville haute ; les pièces sont souvent plus grandes et communiquent parfois entre elles pour former des unités d’habitation plus complexes. D’autre part, plusieurs de ces pièces sont des ateliers (voir ci-après, "Les métiers"). Comme dans la ville haute, les maisons ont été construites jusque contre le rempart. La large rue qui passe devant le « portique aux crânes » a été en partie aménagée spécialement sur un hérisson de grosses pierres (dégagées sur quelques mètres) : l'auteur de ces lignes pense qu'il s'agit plutôt d'un aménagement romain après la prise de la ville.

Un édifice particulier: le "portique aux crânes" (salle hypostyle)

Ce bâtiment, construit entre deux tours du rempart de la ville haute après l’agrandissement de l’oppidum, comportait au rez-de-chaussée une seule grande salle de 21 m sur 5 m, et un étage dont on a retrouvé quelques débris.

Au rez-de-chaussée, il subsiste une sorte de banquette contre le mur du fond, faite de stèles remployées couchées. La façade était rythmée par des poteaux de bois dressés sur une autre rangée de stèles couchées, dont une est gravée de douze têtes. L'original de cette stèle (ou pilier) est au musée ; sur le terrain, c'est une copie.

Pilier aux douze têtes, musée Granet

Il s’agissait d’un édifice public destiné, au moins en partie, à l’exposition de têtes d’ennemis ayant valeur de trophées, ou de têtes d'ancêtres héroïsés objets de culte. On a retrouvé des crânes à proximité immédiate. Cette exposition de têtes comme trophées est attestée par les historiens antiques à propos de tous les Celtes.

C’est peut-être là aussi qu’étaient placées les statues dont les débris furent retrouvés à quelques mètres seulement.

Quant aux stèles remployées (on en trouve quelques autres dans les tours du premier rempart et à proximité du portique), curieusement, elles ont été taillées dans une roche différente du calcaire local : on y reconnaît la molasse de la colline de Bibémus située à 5 ou 6 km au sud-est. Elles appartenaient probablement à un lieu sacré bien antérieur (8e - 5e siècle av. J-C.), dont on ignore tout, qui fut démantelé soit déjà avant la création de l'oppidum, ses éléments servant à construire un autre sanctuaire, soit lors de la création du premier état d'Entremont, soit encore lors de l’extension du village. 

Les matériaux et les techniques

Toutes les constructions sont pour l’essentiel en calcaire local. En guise de mortier, les Salyens utilisaient simplement de la boue. Certaines cloisons étaient en terre banchée ou en briques séchées au soleil, renforcées par un colombage; il n’en reste presque rien.

Les sols des maisons sont en terre battue. Certaines maisons avaient un étage, accessible par un escalier extérieur ou une échelle intérieure. Les toits étaient plats, en terrasse.

Les seuils étaient formés d’une grosse dalle ou d’une planche. Les chambranles et les portes étaient en bois, mais ce matériau a totalement disparu; la fouille n’a retrouvé que des charbons et des clous en fer.

5. La vie des habitants d’Entremont

Les métiers et la vie quotidienne

Les fouilles ont mis au jour des vestiges d’ateliers, presque uniquement dans la ville basse : des fours de boulangerie et de métallurgie, et surtout des pressoirs à huile d’olive (utilisés peut-être aussi parfois pour le vin si l'on se fie à la présence de nombreux pépins retrouvés dans ces ateliers). De ces pressoirs, il subsiste en général la dalle de pressage et un gros poids en pierre; le bâti en bois où s’articulait le levier de presse a disparu. La découverte de débris de métaux précieux et de perles de verre dans la ville haute suppose l’existence d’un bijoutier, ou peut-être d'un lieu de culte (ces objets étant dans ce cas des offrandes), à moins qu'il s'agisse simplement d'un dépôt provisoire qui fut bouleversé dès l'Antiquité.

 

Fours de boulangerie (photo Charrière)

 

On a trouvé aussi divers objets en fer évoquant divers métiers (par ex. des serpes, des pinces) et des pilons en pierre. Le tissage est attesté par la découverte de "fusaioles", poids lestant le fuseau.

Chaque maison avait son foyer. Pour s’éclairer, les Salyens se servaient de torches ou de lampes à huile.

Il y avait de la vaisselle en bois (qui a disparu) et en céramique. Une partie de ces vases était fabriquée sur place; certaines jarres (les doliums) étaient très grosses (jusqu’à 1,5 m de haut). Une autre partie était importée d’Italie ou parfois d’Espagne, le plus souvent par l’intermédiaire de Massalia. Les autres origines (Grèce, Gaule) sont très rares. Les Salyens, en plus de leur propre production apparemment peu satisfaisante, achetaient aussi du vin: il en subsiste des amphores venues d’Italie et de Grèce.

Les habitants n’avaient pas de monnaie nationale, ils utilisaient principalement le monnayage grec de Massalia. Le troc était fréquent.

L’art

Une étude récente (Arcelin et Rapin, 2002) affirme l'existence à Entremont de deux catégories très distinctes de travail sur la pierre. La première remonte probablement au 6e siècle av. J-C. Il s'agit de représentations très sommaires de têtes humaines, gravées sur des stèles réutilisées.

La seconde, datée du 3e s. (et peut-être du tout début du 2e s.) av. J-C., regroupe des bas-reliefs et des statues en ronde bosse. Ces sculptures étaient peintes, mais les couleurs ont disparu presque complètement. Elles expriment très bien la vigueur et l’originalité d'un art influencé sans doute par l’art grec de Massalia ou l'art étrusque, mais fondamentalement celte. Leur abondance est exceptionnelle : c'est actuellement le gisement le plus important de l'Europe celtique.

Par malheur, aucune statue retrouvée n’est entière, elles ont été délibérément fracassées dans l'antiquité. On constate cependant qu’il s’agit en général d’hommes assis "en tailleur", en tenue militaire ou d’apparat, soigneusement coiffés et tenant devant leurs jambes des têtes coupées. Il y a aussi au moins trois statues de femmes et deux ou trois cavaliers.

 

Dessin reconstituant une statue de guerrier présentant devant lui six têtes coupées, par R. Ambard

F. Benoit et plusieurs chercheurs voient dans ces œuvres l’image d’un véritable culte des ancêtres. D'autres les tiennent plutôt pour des statues simplement honorifiques de personnalités aristocratiques. Leur datation, antérieure à la création de l'oppidum, implique que ces sculptures se trouvaient déjà quelque part sur la colline d'Entremont avant l'apparition de l'oppidum ou qu'elles ont été apportées d'autres lieux habités plus anciens qu'Entremont.

Les goûts celtiques apparaissent aussi dans l’orfèvrerie : louches en bronze, colliers, bracelets, bagues, ornements de cuirasses...

Tous ces objets d'art sont exposés au musée Granet, place Saint-Jean de Malte, 13100 Aix-en-Provence (tél. 0 442 528 832).

 

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3.1.2. Historique des recherches de 1817 à 1996

Cette étude a été publiée dans le n°21 (1998) de la revue Documents d’Archéologie Méridionale. Le chapitre 1 a été rédigé par Louis ANDRÉ, les chapitres 2 à 4 par Jean-Louis CHARRIÈRE.

1. Entremont avant Fernand Benoit

(1817-1942)

En avril 1817, des séminaristes découvrirent sur le plateau d’Entremont trois blocs de pierre sculptés, montrant des têtes humaines et des cavaliers. Fauris de Saint Vincens en fit la description, en mai 1817, dans un mémoire présenté à l’Académie d’Aix, mentionnant des traces de peinture rouge sur la bride d’un cheval. Il concluait à l’existence d’un camp romain et souhaitait qu’on pratiquât des fouilles.

En 1824, une description du site et des blocs sculptés est faite dans la Statistique des Bouches-du-Rhône, avec publication du dessin de ces blocs et d’un plan très approximatif de l’oppidum. L’interprétation proposée n’est mentionnée ici que pour mémoire: c’est un camp de Marius et la représentation de cavaliers numides!

L’attribution du site et des sculptures aux Salyens sera faite par Porte en 1833 et par le chanoine Castellan en 1834. Ce dernier indique d’autre part: “On trouva à Aix, en 1790, dans une fouille près de l’hôpital Saint-Jacques, beaucoup d’ossements brûlés, avec quantité de défenses de sanglier, une tête humaine et deux avant-bras garottés ensemble par une menotte de fer.” Faut-il mettre cette découverte en rapport avec Entremont ?

C’est aussi en 1834 que P. Mérimée déclarait: “Toutes ces sculptures portent le caractère de la plus grande barbarie. On pense qu’elles peuvent être attribuées aux Salyens, et en effet je ne vois qu’eux qui aient pu faire aussi mal.” Il fait état par ailleurs de la découverte de fragments de poterie étrusque.

La première étude importante est celle de Michel de Loqui, sous forme d’un mémoire présenté à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1838. La discussion est bien argumentée et les conclusions sont très précises pour l’époque:

- Entremont correspond à une ville qui n’a été bâtie ni par les Grecs, ni par les Romains;

- elle a été élevée antérieurement à l’an 150 av. J.-C.;

- elle a cessé d’exister vers l’an 124 av. J.-C.;

- elle ne peut appartenir qu’aux Salyens.

En 1854, une étude est conduite par Rouard sous forme également d’un mémoire présenté à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Elle reprend celle de Michel de Loqui, en le citant à peine. Son mérite est de contenir d’excellents dessins des faces des blocs, gravés avec une grande précision par Marius Reinaud. Pour la première fois est décrite la tête portée au cou du cheval du cavalier du bloc n°1. L’auteur regrette de ne pouvoir pratiquer des fouilles à Entremont et dit que ces ruines ont servi de carrière pour la construction de la route voisine, l’actuelle avenue Fernand Benoit. Cette indication est intéressante: l’emplacement supposé de la porte principale est aussi le plus proche de cette route, et c’est peut-être sous la chaussée qu’ont disparu les éléments enlevés à cette porte.

Par la suite, divers auteurs mentionnent Entremont. En 1866, lors de la visite de l’oppidum par les membres du Congrès Archéologique, il est signalé la découverte de fragments de poterie fine à vernis noir. Mais le fait important est la mise au jour, en 1877, d’un bloc de quatre têtes sculptées, signalée par un collectionneur, D’Aubergue, sans qu’on connaisse le lieu exact de la découverte.

En 1916, Michel Clerc, dans son livre Aquae Sextiae, décrit les objets de la collection D’Aubergue et en particulier le bloc de quatre têtes, avec une reproduction photographique. Il mentionne en outre la découverte d’une “monnaie romaine à l’effigie de Tiberius Veturius, tribun de la plèbe en 129 av. J.-C.”

D’autres publications parleront encore d’Entremont, mais la seule découverte est celle, publiée en 1930 par Monseigneur Chaillan, d’un fond de pressoir avec rainure circulaire mis au jour au cours d’un labour profond.

Enfin, quelques années avant la guerre de 1939, maître Alfred Jourdan, maire d’Aix, fit l’acquisition du plateau d’Entremont, à titre privé, pour le préserver.

2. La découverte de la statuaire

(1943-1944)

Les circonstances de la découverte de la statuaire ont un caractère un peu romanesque et il m’a paru amusant de les conter. Voici donc les faits tels que j’ai pu les reconstituer d’après cinq documents principaux, qui sont :

- une communication faite le 20 janvier 1944 devant l’Académie des Sciences, Lettres et Beaux-Arts de Marseille par le comte de Gérin-Ricard, sous le titre Récente découverte de sculptures de La Tène III dans l’oppidum salien d’Entremont à Aix-en-Provence, publiée dans les Mémoires  de cette académie en 1944;

- un article paru dans le journal La France en 1946 (j’ignore la date précise, non mentionnée sur la coupure de presse que j’ai retrouvée);

- un manuscrit inédit de Robert Ambard, qui fut le bras droit de F. Benoit à Entremont, rédigé entre 1950 et 1953, intitulé L’oppidum salyen d’Entremont, Aix-en-Provence ;

- une lettre d’Alfred Jourdan, du 25 juillet 1959, au journal Le Monde ;

- une lettre de Jacques Félisat à Maurice Euzennat, directeur de l’Institut d’Archéologie Méditerranéenne (à Aix), datée du 14 mars 1976.

Les quatre derniers documents sont dans les archives de l’association archéologique “Entremont” à Aix-en-Provence.

Trouvailles

Le 11 novembre 1942, l’armée allemande envahit la zone sud de la France. Un détachement vient s’installer, au début de 1943, sur la colline d’Entremont qui est alors occupée par des champs. Une partie de ce terrain appartient à M. Alfred Jourdan, avocat au barreau d’Aix, et à son épouse. Nous savions, dit-il, “l’intérêt historique du site. Nulle administration ne s’en occupait alors.” Nous l’achetâmes “pour qu’un lotissement éventuel ne le saccageât point; avec l’espoir aussi d’y faire procéder à quelques sondages.”

Le 13 avril 1943, le jeune Jacques Félisat, âgé de 17 ans, se rend sur la colline où l’armée allemande fait exécuter divers terrassements, notamment pour une citerne d’eau. Il ne précise pas s’il y va poussé par la curiosité ou par un souci archéologique. Quoi qu’il en soit, il recueille sur place, dit-il, “plusieurs fonds de coupe, deux fragments de meule en basalte, une fourchette à pot au feu de La Tène III.” Et il en parle à son ami, l’érudit Marcel Provence.

De son côté, Jourdan connaît l’un des ouvriers de l’entreprise aixoise (l’entreprise Duran, selon De Gérin-Ricard) qui a été réquisitionnée par les Allemands pour les travaux, c’est Louis Abrachy. Il lui demande de “faire savoir aux terrassiers que, s’ils découvrent des statues et s’ils l’en avertissent, il les remerciera.”

Un jour, probablement peu avant le 19 mai, trois terrassiers arrivent à midi chez Jourdan et lui annoncent: “On a trouvé des têtes sculptées. Nous voulions vous les apporter. Le contremaître nous en a empêchés.” Jourdan se rend aussitôt sur le chantier, où il est fort mal reçu. “L’entrepreneur nie toute découverte.” Selon De Gérin-Ricard, ces découvertes eurent lieu “à l’intérieur du rempart sud, à un mètre de profondeur.” C’était, ajoute-t-il, “un véritable nid de sculptures mutilées intentionnellement, toutes en calcaire du quartier.” Et il précise en note que cette concentration de sculptures a été aussi observée à Roquepertuse, Vaison, Vienne et Orange selon M.-J. Formigé.

Le même jour, il se trouve qu’a lieu une réunion de l’Académie d’Aix. Jourdan y signale les découvertes d’Entremont. Marcel Provence, présent à cette réunion, en informe aussitôt “les services compétents” à Paris, “qui se mettent en rapport avec les autorités d’occupation.”

Détournement

Le 19 mai, Paul Jourdan, fils d’Alfred, qui fait partie de la même troupe de scouts que Félisat, annonce à son camarade la découverte de trois têtes sculptées à Entremont. Celui-ci se rend dès le lendemain sur le site, mais, dit-il, “je vis seulement l’endroit de la découverte.” Et il notera plus tard sur un carnet, qu’il appelle son journal de route : “De tout ceci il résulte: on a trouvé un buste et sa tête se raccordant (?); une seconde tête avec casque collant; une petite tête; une tête a été détournée: elle n’est pas petite mais comme la seconde et avec des pendants d’oreille.” En effet, quelque temps après la découverte, Félisat avait rendu visite à un vieil ami, “l’antiquaire Besançon, qui (lui) avait montré la tête détournée qu’il avait achetée 500 francs à l’ouvrier” coupable de ce détournement.

Tête féminine volée lors de la découverte (musée de Grenoble).

 

L’article du journal La France offre une version des faits différente. Je cite: “Dans la nuit du 20 mai, un paysan frappa au Pavillon Cézanne et avertit M. Marcel Provence qu’au cours de travaux (...) des sculptures gauloises venaient d’être découvertes (...) à Antremont. Ce fut une sentinelle verte, baïonnette au canon, qui, au jour levant, reçut M. Provence et lui interdit l’accès au plateau. Mais les sculptures (...) avaient été prestement subtilisées (...) par l’entrepreneur. Et c’est dans son bureau de la rue d’Entrecasteaux que M. Provence vit les trouvailles magnifiques.”

Selon De Gérin-Ricard, “le 11 juin, de nouvelles pièces du même genre furent découvertes sur le même plan et dans la direction sud-ouest; le tout fut emporté chez l’entrepreneur. M. Marcel Provence, le premier informé de la découverte, se mit aussitôt en campagne, alerta la municipalité, la Kommandantur d’Aix, le propriétaire du terrain M. le bâtonnier A. Jourdan, l’Académie d’Aix dont il est le vice-président, et sut rapidement rallier chacun au double but qui importait, c’est-à-dire au sauvetage des découvertes par leur transport sans délai au musée d’Aix et à une surveillance effective de la continuation des travaux à Entremont.”

Je reviens au récit d’Alfred Jourdan: “Le directeur d’un grand musée allemand, mobilisé avec le grade de colonel, arrive bientôt à Aix, se rend à Entremont, interroge le sous-officier allemand qui surveille Entremont. Il sait par lui que les sculptures ont été expédiées à Salon; elles y sont entre les mains d’un officier allemand qui s’intéresse aux antiquités, sauf une qui a déjà disparu. Il se rend à Salon et fait rapporter les sculptures à Aix.”

 Si j’en crois R. Ambard lui-même, les découvertes furent un peu plus nombreuses. Il écrit: “La pose d’un câble souterrain (...) amène la découverte d’importants fragments, dont deux torses et quatre têtes. Une cinquième tête, de femme et, selon les déclarations d’ouvriers présents au moment de la trouvaille, plus complète que les autres (...) a été distraite du lot par un des terrassiers et vendue à un antiquaire aixois.”

Quant à Félisat, il raconte encore ceci: “J’avais 17 ans, j’aimais beaucoup monsieur Besançon qui m’aidait de ses conseils. Je promis de ne pas en parler avant sa mort sur la promesse qu’elle (la tête volée) serait remise à ce moment au Musée. On savait toutefois qu’une tête avait été détournée, mais pendant longtemps, je crois, Fernand Benoit n’a pas cru à son existence.” Et il ajoute: “Le temps passe (...). Mes aînés se partagent la gloire. Nous ne sommes que deux à savoir que la tête se trouve dans le petit magasin d’antiquaire à l’angle de la rue de la Madeleine.”

Félisat s’engage dans l’armée et ne revient à Aix qu’après trois ans de guerre. Il écrit: “Hélas, mon vieil ami (l’antiquaire) est mort. Un homme jeune qui me reçoit froidement dans le magasin (me déclare) : “La tête ? Je ne sais rien.” Me voilà désespéré (...). J’ai dû à l’époque en parler à M. Provence.” Ambard précise: “L’enquête, qui n’a pu être menée qu’après la Libération, a trouvé confirmation, chez l’antiquaire, du passage de cette sculpture, cédée le lendemain à un confrère qui prétend l’avoir vendue à un inconnu.”

Premières études

Quant aux autres fragments découverts, voici ce qu’en dit Alfred Jourdan: “M. Bry, professeur à la faculté de droit et conseiller municipal, fait appréhender les têtes sculptées et les fait placer au musée Granet, à Aix. Ensuite, M. Benoit, avec sa compétence et son autorité, intervient. Il ne peut empêcher qu’un ordre mal interprété ne fasse nettoyer à la brosse et à l’eau, par un sous-ordre, une sculpture qui portait encore sa peinture rougeâtre, mais qui en conserve encore des traces heureusement.” D’après les propos de Fernand Benoit lui-même, lors d’une visite commentée des fouilles d’Entremont en février 1968 (propos enregistrés sur bande magnétique en dépôt au siège de l’Association “ Entremont”), c’est un étudiant d’Aix, M. Irigoin, qui l’informa de la découverte des sculptures.

L’article déjà cité du journal La France comporte encore ces lignes: “Nos concitoyens ne sauraient trop remercier M. Marcel Provence qui, dès la première heure, a décelé la grande valeur scientifique des trouvailles inattendues d’Antremont, a obtenu aussitôt leur transport au musée de la ville et, par la suite, a dû les défendre contre les convoitises du Musée des Antiquités Nationales à Paris.”

R. Ambard, dans son manuscrit inédit, écrit pour sa part: “Les trouvailles de 1943, transportées chez l’entrepreneur français qui effectuait les travaux de terrassement pour le compte de l’armée d’occupation, ont pu être conservées à Aix grâce au dévouement de quelques bons Aixois ... et à la fuite des Allemands. Car ceux-ci, très intéressés par cette découverte, firent étudier avec soin ces fragments, les considérant comme les vestiges d’un art celte, c’est-à-dire purement aryen et non contaminé par les influences méditerranéennes décadentes. (...) Le “Pariser Zeitung” , journal allemand (...) publia un article dans ce sens (le 30.12.1943, signé H. Moebius). (...) Une commission de savants allemands fut chargée de relever le plan de l’oppidum et confondit quelque peu remparts antiques et restanques modernes.”

Ces découvertes, on le voit, firent un certain bruit à Aix et bien sûr dans le monde savant. La première publication à caractère scientifique fut le compte-rendu effectué par F. Benoit le 12 novembre 1943 devant l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Parmi les coupures de presse rassemblées par Ambard, la plus ancienne qui fasse état de l’événement est un extrait du Figaro des 16 et 17 septembre 1945 qui mentionne, entre autres, “deux bustes de guerriers à cuirasse, une curieuse tête de femme aux pommettes saillantes, un linteau de pierre sur lequel un couple était sculpté.” Ce bloc est appelé aujourd’hui le bas-relief "des orantes”(ou "des porteuses d'offrandes").

Bas-relief des porteuses d'offrandes, musée Granet

 

La confusion qui semble avoir régné durant les premières semaines dans le décompte des têtes découvertes s’explique peut-être, en partie au moins, par le fait que la distinction demeurait incertaine d’une part entre les têtes appartenant à un corps en principe complet et les têtes coupées (trophées de guerre), d’autre part entre les têtes masculines et les têtes féminines. Ainsi, parmi les têtes masculines (sans doute des têtes coupées), on croyait reconnaître, en 1946, des têtes d’enfant, de vieillard... Et même dans l’édition de 1969, le petit livre de F. Benoit intitulé Entremont, capitale celto-ligure des Salyens de Provence désigne comme féminine une tête “aux cheveux frisés au petit fer et portant un bandeau de cheveux sur le front” (fig. 63, p.78), tête reconnue aujourd’hui et depuis déjà longtemps comme masculine. C’est seulement avec l’étude de François Salviat, Entremont antique, 1973, que la statuaire d’Entremont trouvera une description globale satisfaisante.

Quant à la tête disparue, on apprit ensuite qu’elle se trouvait en Suisse, dans une collection privée. Si vous désirez savoir ce qu’elle est devenue aujourd’hui, vous devrez lire la quatrième partie de cet historique, intitulée Les fouilles récentes (1970-1996).

3. Les fouilles de Fernand Benoit

(1945-1969)

De 1945 à 1947

En 1945, peu après la Libération, F. Benoit, qui est alors Directeur de la Circonscription archéologique de Provence, et Robert Ambard, son assistant, se rendent un beau matin sur le site d’Entremont, occupé à ce moment-là par des soldats américains. Ils sont aussitôt reconduits hors du camp! Il faut dire que Benoit, ne connaissant pas l’anglais, leur a parlé... en allemand. Mais bientôt c’est l’Armée de l’Air française qui succède aux Américains, tandis que Benoit commence à négocier avec les propriétaires privés pour obtenir des autorisations de fouille. Une véritable course s’engage alors, car l’Armée a exprimé le désir d’exproprier à son usage toute la colline.

Finalement, l’obstination de Benoit l’emporte et le premier coup de pioche est donné le 18 février 1946. Cette première campagne va durer sans interruption jusqu’en octobre 1947. Il faut en effet aller vite pour justifier et prouver l’intérêt du site et en définir les limites en vue d’en proposer l’achat par l’administration des Domaines. Plusieurs tranchées de sondage sont creusées sur tout le plateau et on récupère encore de nombreux fragments de sculpture dans la zone des découvertes de 1943, c’est-à-dire aux alentours de la citerne; le 23 mars 1946 est découverte la première tête coupée “imposée” (surmontée) par une main. Dans le compte-rendu qui paraîtra dans Gallia en 1947, l’inventaire des fragments sculptés compte 55 numéros. On recueille aussi, dans le secteur qui va être appelé “ville haute”, un trésor de 1432 oboles massaliètes.

 

Torse et cuisses de guerrier assis en tailleur , musée Granet

 

 

 

Dès le mois d’avril, le site bénéficie d’un premier classement par le Commissariat Général au Tourisme. Et tandis que certains propriétaires refusent une vente à l’amiable, une première convention est signée le 26 novembre par les ministères concernés, qui prévoit le maintien des installations militaires dans un enclos et simultanément la poursuite des fouilles aux alentours.

La courtine nord-est du premier rempart est repérée et Benoit pense alors que la “ville haute” s’étend de la pointe sud du plateau jusqu’au deuxième rempart au nord. Il est persuadé qu’Entremont est la capitale des Salyens mais ne dit pas pourquoi: les allusions (en réalité peu explicites) des historiens antiques doivent lui paraître suffisantes. Il constate très vite les liens étroits avec Massalia, date la fondation de l’oppidum du IIIe s. avant J.-C., fixe son abandon en -123, tout en signalant des réoccupations sporadiques postérieures.

Les fouilles intéressent le public cultivé et plusieurs articles vont être publiés dans la presse à partir de l’été 1946. Dans la collection constituée par Ambard, le plus ancien est une coupure de La Marseillaise du 31 août, signée de Georges Noël.

En 1947, les fouilles continuent avec entrain, la plupart du temps sous la surveillance d’Ambard. On met au jour la poterne sud-est, on découvre encore de nombreux fragments de statuaire et celle-ci est désormais datée par Benoit du IIe s. av. J.-C. Il s’en prend d’ailleurs ironiquement à quelques confrères qui s’obstinent, un siècle après le jugement de Mérimée, à voir dans cette sculpture des oeuvres du haut Moyen-âge.

La notoriété d’Entremont s’affirme dans la presse, où le contexte international laisse son empreinte; ainsi peut-on lire le 11 mars, dans Le Soir : “Face à la grecque Massalia s’établit la citadelle d’Entremont (...) comme capitale de la résistance” ! Dans un esprit tout différent, nous lisons, le 4 avril, dans un journal non identifié, que le cycliste Antonin Canavèse est plus passionné par son sport que par son travail de la semaine, à savoir “terrassier pour les archéologues à Entremont” ! Quant au journal Combat, sous la plume d’Henry Rebatel, il affirme tranquillement dans son numéro des 3 et 4 août: “L’intérêt archéologique du plateau d’Entremont dépasse celui de Bibracte ou d’Alésia.” Cette célébrité gagne l’étranger: un article lui est consacré en langue allemande dans le National Zeitung de Bâle, en Suisse, les 22 et 23 novembre 1947.

A cette époque, Benoit n’a qu’une obsession: grignoter la zone militaire. Il négocie âprement la concession de petites enclaves pour fouiller au pied des baraquements de l’armée. Une première enclave est obtenue en 1947, une autre le sera en 1951, puis d’autres encore en 1957 et 1965.

De 1948 à 1957

En 1948, d’autres articles paraissent dans des journaux suisses: le 30 janvier, dans La Tribune de Genève, qui rend compte d’une conférence d’Ambard à Genève; le 9 février, dans Le Journal de Genève. Mais aucun fait saillant n’est à signaler cette année-là sur le chantier.

En 1949, Ambard commence à dégager la voie d’accès antique, sur le flanc ouest. La même année est signé un protocole pour préciser les rapports entre l’Armée de l’Air et l’administration de l’archéologie.

En 1950 (Journal Officiel du 15 août), les Domaines engagent une procédure d’expropriation qui touche la plus grande partie du site, pas encore la totalité, et qui n’aboutira concrètement que le 6 octobre 1952. Les journaux continuent de s’intéresser à Entremont, à leur façon: le 10 novembre, on lit dans Le Méridional  : “Grâce au quotidien labeur d’un brave homme nommé Taguet, si les maigres crédits que l’État leur alloue sont <maintenus>, M. Fernand Benoit et son assistant R. Ambard achèveront bientôt la mise à (sic) jour de la plus grande cité du territoire celto-ligure.”

Les fouillent continuent en 1951 et 1952 et la datation de la céramique recueillie se recentre désormais plutôt sur le IIe s. av. J.-C.

En 1953, Benoit fait essayer un détecteur de métaux, mais il s’agit à l’époque d’appareils militaires mal adaptés et son utilisation, décevante, sera bientôt abandonnée. Les fouilles dégagent peu à peu tout le portique, mettant en évidence le pilier aux douze têtes qui est rapidement enlevé pour être mis à l’abri et remplacé sur le terrain par une copie en ciment. On découvre aussi devant cet édifice une quinzaine de crânes humains, dont certains portent des traces d’enclouage: ainsi est confirmée l’exposition de “têtes coupées” mentionnée par des historiens antiques.

1954 voit arriver probablement la première équipe de fouilles étrangère sur le site: des jeunes gens suisses de Saint-Imier.

En 1955 et 1956 est découverte et dégagée la partie nord-ouest du rempart de la “ville haute”. Cela permet de rectifier les limites de cette première ville, que Benoit baptise Entremont II, car il estime qu’elle a été précédée par une nécropole ou quelque chose de ce genre qu’il appelle Entremont I. On signale aussi la mise au jour de quelques débris de tegulae et de nouveaux fragments de sculpture. Une lettre d’Ambard du 24 avril 1956 signale un vol d’amphores.

En 1957, Benoit publie la première édition de son opuscule Entremont, capitale celto-ligure des Salyens de Provence, qui constitue la première synthèse sur ses recherches.

De 1958 à 1969

En 1959, Benoit confie quelques monnaies pour étude à son collègue Henri Rolland (qui fouille à Saint-Rémy) et il écrit à Ambard: “Je ne suppose pas qu’il les date d’après 123 <av. J.-C.>.”

L’année 1960 voit la découverte des fours dans l’îlot XI.

En 1961 s’achève l’acquisition par l’État de tout le plateau d’Entremont (environ 8 hectares), mais l’Armée de l’Air continue d’en occuper une partie. Cette même année commence le dégagement du grand rempart nord de la “ville basse” (Entremont III, dans la terminologie de Benoit).

Ce dégagement continue en 1962 et, en 1963, les archéologues reçoivent l’aide d’élèves de l’Ecole Normale d’Instituteurs d’Aix.

En 1965 sont découverts deux nouveaux crânes encloués, toujours près du portique. La différence du plan d’urbanisme entre ville haute et ville basse se confirme clairement.

La fragilité des murs rendus à l’air libre et aux intempéries exige des consolidations. Dans son rapport sur la campagne de fouilles de 1967, Ambard précise la technique utilisée: “Intrusion de mortier maigre dans les joints et rebouchage extérieur au moyen de terre gâchée.” Et il ajoute: “ Une grande partie des piédroits a été reprise.”

Faisons ici une brève parenthèse: en novembre 1967 est créée une association, Les Amis d’Entremont, dont l’objectif principal est de faire mieux connaître l’oppidum au public et de le défendre contre la marée montante de l’urbanisation. Elle organise aussitôt, en février 68, une visite du site, guidée par Benoit lui-même; une grande partie de son commentaire a été enregistrée et est conservée dans les archives de l’association. Désormais, elle organisera chaque année de nombreuses visites pour le public.

C’est en 1968 justement que Benoit publie dans la revue Gallia une nouvelle synthèse intitulée Résultats historiques des fouilles d’Entremont (1946-1967). La même année, plusieurs documents montrent que le problème du stockage des découvertes devient crucial. Il apparaît aussi que l’hébergement des fouilleurs est difficile et que les conditions de traitement et d’étude du mobilier recueilli sont très précaires. Benoit demande la création de locaux adaptés, mais sans succès. Du reste, en 1970, une note d’Ambard reviendra sur ces problèmes et signalera des pertes et des vols d’objets.

Arrive enfin 1969, endeuillée par le décès de Fernand Benoit, le 2 avril, à l’âge de 77 ans. Il était, depuis quelque temps, assailli de graves soucis personnels, fatigué et avait été remplacé à la tête de la Circonscription Archéologique de Provence par Maurice Euzennat. Il a toutefois eu la force de préparer une nouvelle édition de son fascicule sur Entremont qui paraît la même année. D’ailleurs, les fouilles d’Entremont commencent à fournir la matière de mémoires d’étude aux étudiants.

4. Les fouilles récentes

(1970-1996)

De 1970 à 1983, R. Ambard poursuit l’oeuvre de F. Benoit.

La disparition de F. Benoit, s’ajoutant à l’insuffisance des moyens et de l’organisation de l’archéologie en France, provoque un net ralentissement des fouilles. Son successeur sur le chantier est François Salviat, nouveau directeur de la Circonscription, qui va consacrer son modeste budget à des travaux de restauration ou à des vérifications ponctuelles, confiés d’ordinaire à la surveillance de R. Ambard.

L’association Les Amis d’Entremont poursuit son action, notamment en organisant, le 24 avril 1970, une conférence sur Entremont prononcée par Ambard, en installant sur le site, la même année, une table d’orientation et en soutenant toutes les démarches qui visent à convaincre l’Armée de l’Air de déménager sa base ailleurs.

Ce départ des militaires a finalement lieu en décembre 1972. Désormais, tout le plateau est livré aux archéologues qui voient déjà dans leurs rêves s’écrouler les bâtiments construits pour les Allemands, lesquels stérilisent une zone très intéressante de l’oppidum... Ils ignorent qu’en 1996 ces bâtiments seront toujours là, restaurés et aménagés, à leur demande même, pour servir de dépôt et d’abri, faute d’avoir obtenu les moyens d’en construire d’autres hors du site!

Cette même année 1972 voit encore la découverte de quelques fragments de sculpture.

En 1973, Les Amis d’Entremont publient un fascicule de F. Salviat intitulé Entremont antique, qui présente l’oppidum en insistant surtout sur la sculpture.

 Les fouilles de 1974 mettent au jour un trésor de monnaies, bijoux et “simpulums” de très belle facture. La même année, l’archéologue Jean Marcadé s’aperçoit que l’une des têtes coupées sculptées, jusque là considérée comme isolée, se raccorde au groupe des quatre têtes découvert par D’Aubergue en 1877. Il constate aussi que la cassure implique, du côté opposé, la présence d’une sixième tête, non retrouvée. Ces observations inspirent à Ambard la reconstitution graphique impressionnante d’un guerrier assis, tenant devant lui ces six têtes coupées.

 

Simpulums (louches) de bronze, musée Granet

En 1976, j’ai la joie d’obtenir, pour l’association Entremont (nouveau nom des Amis d’Entremont ), l’autorisation de fouiller une huilerie de la ville basse, dont Ambard avait commencé le dégagement près de vingt ans auparavant. Ce travail, poursuivi en 1977, 1978 et 1985, révélera des indices précis sur l’organisation du pressoir.

Ambard poursuit encore quelques recherches ponctuelles, mais il a “perdu la foi”. Le décès de son maître Benoit, l’avance de l’âge, l’évolution de l’archéologie peuvent l’expliquer. Il sent qu’Entremont, où il aura travaillé plus de trente cinq ans, lui échappe peu à peu.

1980 est une date importante: c’est celle du classement d’Entremont comme “monument historique” (arrêté du 28 janvier).

En 1982, l’élargissement de la voie rapide qui passe à 200 mètres au nord de l’oppidum fait apparaître dans les deux parois de la tranchée un front de taille des strates calcaires. André Bailly, qui s’est beaucoup intéressé à la géologie du pays d’Aix, le remarque et juge qu’il s’agit là très probablement d’un des lieux d’extraction des pierres ayant servi à la construction d’Entremont.

La triste disparition de Robert Ambard, le 10 août 1983, à l’âge de 69 ans, marque la fin d’une époque pour Entremont. Il venait tout juste de terminer le manuscrit de son livre Aix romaine, dans lequel il fait quelques allusions à cet oppidum. Cet ouvrage sera publié l’année suivante.

De 1984 à 1996, une nouvelle génération de chercheurs.

En 1984, Christian Goudineau publie dans Gallia une note sur un contrepoids de pressoir d’Entremont et, à la fin de son étude, rend hommage à Ambard, “le meilleur connaisseur des antiquités d’Aix.”

La même année est lancé un nouveau programme de fouilles, sous la responsabilité de Patrice Arcelin, Gaëtan Congès et Martine Willaume. Il va durer jusqu’en 1991. Mettant en oeuvre les méthodes les plus modernes, ces chercheurs et leurs équipes vont sensiblement améliorer notre savoir sur Entremont, notamment en précisant la succession de plusieurs phases d’occupation, depuis environ 180 jusqu’aux alentours de 100 av. J.-C., et en démontrant l’existence de maisons avec un étage. Ces travaux mettent aussi au jour, dans la ville haute, un grand nombre de perles de verre (indices d’un atelier ?) et des ossements humains, dont deux crânes.

De plus, G. Congès dégage les restes de la “tour d’Entremont”, à la pointe sud du plateau, tour de guet médiévale ruinée transformée jadis en petite habitation.

Pendant ce temps, en 1987, s’ouvrent les nouvelles salles du musée Granet à Aix, dont trois consacrées à Entremont, et paraît l’ouvrage collectif intitulé Archéologie d’Entremont au musée Granet, qui constitue alors la synthèse la plus riche sur ce site. Il sera réédité en 1993.

En 1992, Jean-Christophe Sourisseau reprend la fouille de la poterne sud-est et en précise les états successifs.

En octobre 1994 est découverte, au fond d’une maison jouxtant le rempart nord de la ville basse, posée sur les feuilles mortes, une tête coupée sculptée dans un calcaire hétérogène et d’un style inhabituel sur le site. Les caractéristiques de cette sculpture et le lieu de sa découverte font naître le doute sur son authenticité.

En 1995 ont lieu d’importants travaux de restauration, sous l’autorité de Didier Repellin, Architecte en Chef des Monuments Historiques: consolidations, réfection de sols, de murs, reconstruction des premières assises du rempart nord de la ville haute et de la chambre des fours, etc.

Enfin, en 1996, Monsieur Coignard découvre qu’une stèle remployée dans une tour du rempart de la ville haute et gravée d’un épi de blé est en réalité ornée, sur deux autres faces cachées, de seize têtes gravées du même genre que celles du pilier aux douze têtes du portique. La pierre est aussitôt mise à l’abri et remplacée sur le terrain par une copie.

Mais il y a peut-être plus inattendu encore pour cette année 1996. On se souvient qu’en 1943, lors de la découverte de la statuaire, une tête féminine avait été dérobée et emportée en Suisse où sa trace était perdue. Eh bien, on apprend soudain qu’elle est désormais... au Musée Municipal de Grenoble, auquel elle a été léguée par testament de son ancien propriétaire! Cependant son retour au bercail à Aix s’annonce difficile tant est complexe la situation juridique…

Je n’achèverai pas cet historique sans parler des deux gardiens qui, depuis de nombreuses années, veillent jalousement sur l’oppidum, Madame Lamouroux et Joël Gautier. Leur vigilance, leur gentillesse et leur labeur me semblent  perpétuer, jour après jour, la flamme de la vie dans ce lieu de mémoire.

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Supplément après la publication ci-dessus


    Une nouvelle campagne de fouilles a eu lieu en 1999, dans l'îlot 1, contre le second rempart, entre les bastions B3 et B5. Elle n'a pas pu être conduite jusqu'au terme initialement prévu qui était le dégagement complet de toutes les constructions de cette zone.
    Les résultats sont publiés dans : DUFRAIGNE J.-J., CHAPON P. et RICHIER A. - Recherches récentes sur l'oppidum d'Entremont à Aix-en-Provence (B-d-R) : étude de la voirie et d'un atelier de forgeron de l'îlot 1 dans l'habitat 2. Documents d'Archéologie Méridionale, t. 29/30 (2006/2007), 2008, p. 197-256.

    Une petite fouille a eu lieu en juin 2009 dans la ville basse, îlot 8, sur un atelier de forgeron (M. Berranger) et pour une vérification stratigraphique dans la rue 7 (P. Arcelin).

    D'autre part, M. Patrice Arcelin, directeur de recherche au CNRS, prépare la publication d'un bilan complet des fouilles d'Entremont, mais c'est un très gros travail collectif qui demande encore beaucoup de temps.

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