Fonctionnement de l'association


Renseignements pratiques


Objet et brève
histoire de l'association

Relations avec d'autres organismes

 

1

 

Activités, actualités


Excursions et voyages

Conférences

Bibliothèque, photothèque
documents archéologiques

Edition et vente de livres

Protection et aménagement
de l'oppidum d'Entremont

Les fouilles
du théâtre romain

Le prix Entremont-F.Benoit


Pour participer à des
chantiers de fouilles

Actualités diverses

 

2

 

Visiter l'oppidum d'Entremont


Présentation archéologique

et historique du site

d'Entremont


Renseignement pratiques

pour les visites


Bibliographie et

documentation

 

3

 

Documentation générale


Législation sur le patrimoine


Musées et bibliothèques

à Aix-en-Provence


Orientation bibliographique

 

4

 

Anciennes fouilles


Sur l'oppidum d'Entremont


Sur l'oppidum de l'Infernet


Sur l'oppidum du Baou-Roux


Dans des égouts romains

à Aix-en-Provence

 

5

 

 



 

Réalisation

 

 

 


5. ANCIENNES FOUILLES DE L'ASSOCIATION
 
Cette section de notre site Internet est en cours de réalisation. Il y manque les illustrations.

5.4. Dans des égouts romains à Aix


(dernière mise à jour de cette page : 9/9/2014)


Sommaire

1. Les vestiges de la voirie romaine dans le bourg Saint-Sauveur
2. Circonstances de notre intervention
3. Nos premières constatations
4. La découverte de plusieurs égouts affluents
5. La technique de construction des égouts dégagés
6. Les dalles de la voie et le regard d'accès à l'égout principal
7. La stratigraphie
8. Le mobilier recueilli
9. Interprétation de l’égout cardinal et des deux égouts décumans

Toutes les photos sont de Jean-Louis Charrière.
___________________

1. Les vestiges de la voirie romaine dans le bourg Saint-Sauveur

        D'assez nombreux tronçons de rues antiques ont été découverts à Aix depuis le XVIIIe siècle. Il ne sera question ici que de ceux qui se trouvent dans le quartier de la cathédrale appelé bourg Saint-Sauveur.
        Lorsque les urbanistes romains décidaient de créer une nouvelle ville ou de réaménager une ville ancienne selon leurs conceptions, ils commençaient par définir le tracé de deux voies perpendiculaires principales : le cardo maximus (à peu près nord-sud) et le decumanus maximus (à peu près est-ouest). Le carrefour de ces deux voies était en général traité de façon monumentale pour en faire une grande place publique, le forum. Et c’est parallèlement à ces deux axes qu’ils traçaient ensuite les autres rues (cardos et decumanus secondaires), avec quelques inévitables adaptations imposées par telle ou telle contrainte locale. Cette façon de procéder était inspirée de la méthode utilisée pour établir les camps militaires.
        Les découvertes faites à Aix-en-Provence depuis la fin du XIXe siècle ont montré que ce carrefour central de l’antique Aquae Sextiae se trouvait au centre du bourg St-Sauveur. En effet, des vestiges d’une place publique dallée et entourée d’une colonnade ainsi que des tronçons du cardo maximus ont été repérés à plusieurs reprises dans ce secteur, soit parce qu’ils étaient visibles dans des caves, soit à l’occasion de travaux de voirie, soit à la suite de fouilles. Pour avoir plus de détails, consulter la Carte Archéologique de la Gaule, volume 13/4, paru en novembre 2006 et consacré à Aix-en-Provence et ses environs, pages 211 et suivantes.
        Les vestiges de ce forum ont été retrouvés sous le baptistère de Saint-Sauveur, sous le cloître et sous la place des Martyrs de la Résistance. Le cardo maximus suivait à peu près le tracé des actuelles rues Gaston de Saporta et Jacques de la Roque. On n’a repéré de façon certaine qu’un seul cardo secondaire, situé à l’est du cardo maximus : c’est celui sous lequel nous avons travaillé, situé à quelques mètres à l’est de la rue Adanson. Les fouilles conduites en 1984 dans la cour de l’ancien archevêché ont bien mis au jour un autre espace de circulation près de la rue Pierre et Marie Curie, mais son interprétation est discutée.

(plan des vestiges dans le quartier)
 
       On a pu constater aussi, en découvrant une portion de son égout, que le decumanus maximus suivait à peu près, à l’ouest, le tracé de l’actuelle rue du Bon Pasteur. À l’est, il a probablement été retrouvé dans la partie nord de la cour de l’ancien archevêché. Deux decumanus secondaires ont été repérés au sud du précédent : l’un dans la partie sud de la cour de l’ancien archevêché, l’autre sous la rue de la Louvière.
   
2. Circonstances de notre intervention
   
        Il était d’abord simplement question, en mars 1983, de photographier des dalles de voie romaine signalées par Jean-Pierre Couelle, architecte, dans une cave située au n° 7 (anciennement n°3b) de la rue Adanson à Aix-en-Provence, à moins de 100 mètres au sud de la cathédrale Saint-Sauveur. En effet, un projet d’aménagement de cette cave risquait de rendre ces vestiges définitivement inaccessibles. Mais une grande quantité de décombres emplissait les lieux ; il fallait les enlever et, de fil en aiguille, un accord fut conclu avec le propriétaire pour vider aussi l’égout antique apparaissant sous ces dalles.
        L’autorisation officielle fut accordée par la Direction Régionale des Antiquités Historiques (Ministère de la Culture) à Jean-Louis Charrière, assisté sur le chantier par Suzanne Decoppet. Les autres principaux participants furent P. Barbero, E. Bodin, A. et L. Charrière, M. Dalaudière, R. Favarel, M.-L. Mesly-Rousset, J. Pillement, S. Tamisier, J. Tofani et S. Valentini (beaucoup de ces bons amis sont hélas aujourd'hui décédés).

(de gauche à droite, J. Pillement, S. Decoppet et M. Dalaudière.)

        Les travaux commencèrent le 12 avril 1983 et furent interrompus 2 jours après, car il n’était pas prévu de véritable fouille à l’origine. Le chantier reprit le 17 décembre 1983, de façon discontinue en fonction des loisirs des participants (tous bénévoles), et s’arrêta le 1er février 1984. L’exiguïté et la mauvaise ventilation des lieux ont rendu le travail pénible. Par sécurité, nous avons dû étayer les dalles avec des épontilles en bois, restées en place à la fin du chantier. Toutes nos photos sont prises au flash et par conséquent de qualité assez médiocre.
        Quelques autres séances eurent lieu encore en 1984 pour évacuer tous les déblais ou prendre des mesures. Enfin, le 9 novembre 1990, M. Jean-Louis Paillet, géomètre au CNRS, vint prendre toutes les mesures angulaires et altimétriques nécessaires pour dresser un plan précis des vestiges dégagés. Les altitudes absolues indiquées dans le présent compte rendu sont calculées d’après le Nivellement Général de la France (NGF).
        Notre fouille est mentionnée dans la Carte Archéologique de la Gaule (citée ci-dessus, § 1), page 219, sous le n° 24c*. Mais cet article tire sa substance de notre rapport d’octobre 1983 qui ne présentait pas le résultat complet de nos travaux ; le lecteur trouvera donc ici des informations supplémentaires importantes.

3. Nos premières constatations

        La date à laquelle fut creusée la cave où apparaissent les vestiges nous est inconnue, mais elle se situe à une époque où le plan d’urbanisme de la ville antique n’était plus du tout respecté : des maisons avaient été construites depuis longtemps là où passait jadis ce cardo romain. Donc, pour creuser cette cave, il avait fallu démolir les dalles de cette rue antique et l’égout désaffecté qui passait dessous. Une de ces dalles, peut-être incomplète, a été remployée pour construire le mur sud de la cave.

(Dalle antique réutilisée à la base d’un mur moderne.)

        Et c’est ainsi que furent rendus visibles, en coupe verticale, dans la paroi nord de la cave, le chant des dalles non démolies de ce côté et l’égout passant dessous, celui-ci ressemblant alors à un tunnel s’enfonçant dans la paroi.
 
(Les dalles de la voie romaine et, en dessous, l’égout encore comblé.)

        Le sol actuel de la cave se situe approximativement à 3 mètres sous le niveau de la rue Adanson, sur laquelle s’ouvre un petit soupirail de ventilation. Mais ce sol est constitué d’une couche de terre et débris divers apportée là je ne sais quand ni comment. Nous avons creusé un petit sondage au milieu de la pièce pour retrouver le vrai sol originel ; nous l’avons trouvé à 35 cm de profondeur ; cependant rien ne prouve que ce sol originel ait été horizontal et régulier.
        Nous avons d’abord porté notre attention sur les énormes dalles qui affleuraient dans la paroi de la cave. Ces blocs constituaient la chaussée antique, légèrement convexe pour l’écoulement de la pluie, et servaient en même temps, au centre de cette voie, de couverture à l’égout. Elles sont en calcaire dur ("pierre froide") et leur épaisseur varie de 40 à 45 cm. La dalle centrale, la seule visible sur toute sa longueur, mesure 2,05 m de long ; le point central de sa face supérieure se trouve à 202,59 m  d’altitude. D’autres dalles apparaissent partiellement à l’est et à l’ouest, montrant que la rue mesurait nettement plus de 3 m de large. L’une de ces dalles, à l’est, présente sur sa face supérieure une ornière creusée par le passage des véhicules.
        Ensuite, nous avons commencé à vider attentivement le tronçon d’égout débouchant dans la cave. Comme il suit le tracé du cardo et se trouve au sud d’un carrefour d’égouts dont nous parlerons plus loin, nous l’appellerons désormais « égout cardinal sud » (abrégé ECS). Il était comblé sur les quatre cinquièmes de sa hauteur de sédiments et débris divers. Sa pente conduisait les eaux du nord vers le sud. Son orientation donnée par la boussole est de 23° ouest (par rapport au nord magnétique à cette époque), c'est-à-dire un axe nord-nord-ouest / sud-sud-est. Il est quasiment perpendiculaire à la paroi nord de la cave, avec laquelle il forme, du côté ouest, un angle obtus de 92°.
        Les dalles du radier de cet égout ayant disparu, nous ne pouvons en indiquer l’altitude exacte, mais nous donnerons plus loin d’autres mesures utiles. Ses parois en moellons ont aussi complètement disparu, laissant apparaître le massif de blocage (pierraille liée au mortier de chaux) contre lequel étaient plaqués ces moellons.

(Le plafond de l’égout cardinal constitué des dalles de la voie
et, des deux côtés, le massif de blocage des parois de l’égout.)

4. La découverte de plusieurs égouts affluents

    (plan général)
   
        En avançant dans ECS vers le nord, nous avons découvert dans sa paroi ouest le débouché d’un petit égout perpendiculaire situé à quelques dizaines de centimètres au-dessus du radier (disparu) de ECS.

(Débouché de l’égout mineur Ouest dans l’égout cardinal.)

        Nous supposons qu’il s’agit d’un égout de maison privée, désigné ici par le sigle EMO (égout mineur ouest). Il était lui aussi rempli de sédiment. Nous l’avons vidé grâce à la collaboration des enfants de J.-L. Charrière qui pouvaient ramper dans cet étroit canal. Nous avons alors constaté qu’il était obstrué par un mur à 2,20 m de son débouché.
        Un peu plus loin, nous avons découvert, dans la paroi est, au même niveau que EMO, le débouché d’un second petit égout considéré lui aussi comme privé et arrivant obliquement depuis le nord-est (EME, égout mineur est). Il était obstrué par des pierres pour servir de cachette à un vase, une petite jarre émaillée. Plein d’espoir, j’ai plongé la main dans le récipient… vide. Derrière ce vase, l’égout était bouché par un second muret que nous n’avons pas touché.

(Débouché de l’égout mineur Est, aménagé en cachette à l’époque moderne.)
        
        Continuant à progresser dans ECS vers le nord, nous sommes arrivés, au bout de 2,80 mètres à partir de la cave, à un carrefour d’égouts (CCD, carrefour cardo/decumanus), où l’égout cardinal qui arrive du nord (tronçon ECN) reçoit perpendiculairement deux autres égouts secondaires de bonne taille qui suivent l’axe des decumanus ; nous les appellerons donc « égouts décumans » : EDO venant de l’ouest et EDE venant de l’est. Ils débouchent face à face dans l’égout cardinal, à 35 cm au dessus du radier de celui-ci, qui est ici partiellement conservé et se situe à 200,91 m d’altitude. Ces deux égouts décumans étaient eux aussi comblés sur une grande partie de leur hauteur.
        Nous avons dégagé EDO sur 1,60 m de long, mais nous avons vu qu’il se prolonge encore d’au moins 1 mètre.

(Coupe stratigraphique du comblement dans l’égout décuman Ouest.
Les dalles du radier sont conservées. On aperçoit à droite, sur le radier, un moellon subsistant de la paroi.)

        Nous avons aussi dégagé EDE sur 2 m de long, mais il semble se prolonger au-delà. Les dalles de radier de EDO et EDE sont conservées, sauf la plus occidentale de EDE. 

(Coupe dans le comblement de l’égout décuman Est.
Au premier plan, une dalle du radier a disparu.)

        Il reste quelques moellons des parois, surtout dans EDE où il subsiste, juste là où nous avons arrêté de creuser, 4 assises du côté nord et 6 assises du côté sud. Il n’y avait pas plus de 6 assises à l’origine, la face supérieure de la plus haute se trouvant à 5 cm de la face inférieure de la dalle de couverture.

(Vestiges de la paroi en moellons de l’égout décuman Est.)

        Nous avons ensuite commencé à enlever le comblement de ECN, mais pas complètement, désirant laisser en place un témoin de ce remplissage (70 cm de haut sur 45 cm de longueur d’égout). Ce tronçon ECN est assez court (1,40 m) parce que l’égout antique est obstrué au nord par un mur moderne qui sert apparemment de paroi à la cave de l’immeuble contigu. Les dalles de radier sont conservées ainsi que quelques moellons de la première assise des deux côtés (photo).

(Partie nord de l’égout cardinal.
On voit les dalles du radier, quelques moellons subsistant des parois, la coupe dans le comblement.)

5. La technique de construction des égouts dégagés

        Les égouts principaux sont très abîmés parce que plusieurs dalles de leur radier et presque tous les moellons de leurs parois ont été prélevés pour d’autres usages il y a longtemps, peut-être dès la fin de l’antiquité. Mais ce qui subsiste permet de reconstituer leur mode de construction.
        On a d’abord creusé une tranchée d’au moins 4 pieds romains de large (1,20 m) et 5 ou 6 pieds de profondeur (1,50 / 1,80 m), qui a atteint un substrat rougeâtre argilo-sableux. Puis on a aménagé dans le fond de la tranchée un hérisson de pierres liées au mortier de chaux.
        Sur cette fondation, ont été posées, au centre, en guise de radier, des dalles de pierre d’une épaisseur inférieure à 10 cm, semble-t-il, à surface aplanie et de formes irrégulières, mais très bien jointives. Dans le sens de l’axe de l’égout, la plus grande longueur de dalle observée est de 75 cm, la plus petite est de 36 cm. Dans ECN, la jointure est dissimulée par une couche de concrétion. Ces dalles sont toujours plus larges (de 5 à 20 cm de chaque côté, là où nous avons pu l’observer) que la largeur prévue pour le canal. 

(Le carrefour de l’égout cardinal (qui va de gauche à droite) et des égouts décumans.
On voit le hérisson de pierres subsistant là où la dalle du radier a disparu.)

         Puis on a bâti les parois de l’égout, probablement en élevant d'abord le parement construit en bel appareil de moellons smillés classiques, de telle sorte que la première assise repose sur la bordure latérale des dalles du radier. Ce parement a pu ainsi servir de coffrage pour déverser ensuite le blocage (pierraille liée au mortier de chaux) contre les parois en terre de la tranchée. 

(L’égout décuman Est en fin de fouille :
on voit la coupe dans le comblement et les vestiges des parois en moellons.)

        Et ce sont les grosses dalles de la voie qui ont recouvert le canal. Mais nous ne savons pas comment était réalisée l’étanchéité entre le sommet des parois et la face inférieure de ces dalles. Le seul endroit où le parement de moellons est conservé sur toute sa hauteur (EDE) laisse apparaître un espace intermédiaire vide de 5 cm de haut. Peut-être était-il comblé d’un mortier qui a disparu.
        Les deux égouts mineurs (EMO et EME), bien conservés, sont construits de la même façon : radier et couverture en dalles de pierre, parois en moellons maçonnés.

(Le débouché de l’égout mineur Est après destruction du premier mur de la cachette
et enlèvement de la jarre. On aperçoit le deuxième mur obstruant l’égout.)

        La largeur du canal de l’égout cardinal et des deux égouts décumans entre les parois de moellons est la même : 57 à 59 cm, soit 2 pieds romains. Nous avons pu mesurer la pente des radiers seulement pour les égouts principaux et sur de très courtes distances (environ 1,5 m), là où ils étaient conservés et où nous avons pu les dégager. D’après nos mesures, cette pente est d’à peu près 5 % pour ECN, 2 % pour EDO et 2,6 % pour EDE. La hauteur du canal de ECN entre les dalles de radier et les dalles de couverture est d’environ 1,30 m, plus ou moins quelques centimètres à cause principalement de l’irrégularité de la face inférieure des dalles de couverture.
        Là où nous avons pu la mesurer, la hauteur du canal des deux égouts décumans varie entre 80 et 94 cm, toujours en raison de l’irrégularité de la face inférieure des dalles de couverture. Toutefois cette hauteur s’abaisse à 67 ou 69 cm au débouché d’EDO et à 59 cm au débouché d’EDE ; en effet, il y a à cet endroit, en travers de chacun des deux égouts, un linteau de pierre qui reposait à l’origine sur les parements en moellons (disparus); mais ces deux linteaux s’enfonçaient aussi à leurs extrémités dans le massif pierreux des parois qui continue de les soutenir aujourd'hui.

(Dalles de la voie au carrefour des égouts, et linteau au-dessus de l’égout décuman Est.)
 

(Dalles de la voie au carrefour des égouts, et linteau au-dessus de l’égout décuman Ouest.)

        Ces deux linteaux sont parallèles entre eux et espacés de 58 cm, c'est-à-dire la largeur du canal de l’égout cardinal ; ils affleuraient donc les parois en moellons de cet égout. Chacun supportait encore, au moment de la fouille, une ou deux assises de moellons entre sa face supérieure et la face inférieure des dalles de la voie. La largeur de ces deux linteaux est comprise entre 54 et 58 cm ; celui de EDO mesure 15 cm d’épaisseur au maximum, celui de EDE atteint au maximum 27 cm. Nous ignorons leur fonction, car ils semblent inutiles pour soutenir les dalles de la voie ; peut-être étaient-ils destinés à « raidir » un peu l’ensemble.
        Nous avons enlevé quelques pierres du hérisson sous le radier dans CCD et EDE, dans l’espoir de trouver un indice chronologique : nous n’y avons trouvé que quelques infimes fragments de céramique non identifiés.

6. Les dalles de la voie et le regard d'accès à l'égout principal
   
        Aucune des dix-sept dalles de la voie que nous avons reconnues n’est visible dans toutes ses dimensions. Cependant leur largeur au moins est visible pour treize d’entre elles, la largeur et la longueur pour deux, l’épaisseur pour quatre.

(plan des dalles)

        Celle qui se trouve à l’aplomb de CCD, et donc au milieu de la voie, est approximativement carrée ; elle mesure 75 cm d’est en ouest, 70 cm sur son côté est et 60 cm sur son côté ouest. Elle ne repose sur aucun support sous-jacent mais s’appuie comme un bouchon, grâce à sa forme en tronc de pyramide inversée, sur les quatre dalles voisines. Elle servait très probablement de "trappe" d'accès à l'égout pour les travaux d'entretien.
     
(Vue verticale de bas en haut de la dalle fermant le regard au carrefour des égouts.)

        Les quatre dalles qui entourent cette dalle-bouchon ont été taillées en oblique sur leur largeur de manière à ce que leurs jonctions prolongent les diagonales dudit « bouchon ».

(Le plafond de l’égout cardinal au carrefour avec les égouts décumans.
Au fond, le mur moderne de la cave voisine obstrue l’égout cardinal.)

        Nous avons déjà parlé au § 3 des dalles les plus méridionales. Ajoutons ici que la plus méridionale de celles qui couvrent ECS mesure 92 cm de large ; c’est la plus large de toutes les dalles. Pour les autres plus au nord, nous n’avons pu mesurer que leur largeur. La plus étroite, au-dessus de EDO, mesure 52 cm de large du côté nord et 53 cm du côté sud. Nous avons constaté qu’elles ne sont pas toutes parallélépipédiques, mais parfois un peu trapézoïdales. La plus trapézoïdale est sur EDE, avec 53 cm du côté sud et 60 du côté nord.

(Autre vue du carrefour d’égouts, prise depuis le nord.)
 
        Au-dessus de EDE, le bord oriental de la dalle la plus orientale se situe à 2 m du débouché dans CCD. Plus loin, il n’y a plus de dalle de couverture, semble-t-il, mais un massif pierreux. La limite de notre fouille de ce côté ne nous a pas permis de vérifier ce point. Au-dessus de EDO, le rebord occidental de la dalle la plus occidentale se situe à environ 2,70 m du débouché dans CCD. Nous n’avons pas pu voir ce qu’il y avait plus loin.
        Deux dalles sont fendues sur toute leur largeur : celle qui borde la « dalle-bouchon » à l’est, et celle qui la borde au nord.

7. La stratigraphie

        Le comblement de ECS était entièrement perturbé, sans stratigraphie possible.
        Dans EMO, nous avons trouvé en surface une couche brune (EMO 1) d’environ 5 cm d’épaisseur, relativement meuble, puis en dessous une couche grise (EMO 2), argileuse, poisseuse comme de la pâte à modeler, d’environ 20 cm, et enfin sur le radier, une couche sableuse (EMO 3) d’environ 10 cm. C’est dans cette couche inférieure que se trouvaient les très rares débris antiques.
        Nous n’avons pas fouillé dans EME qui était obstrué par un muret pour faire une cachette.
        La partie sud de CCD présentait les mêmes caractéristiques que ECS. La partie nord peut être rattachée à ECN.
        L’organisation de la stratigraphie est quasiment la même dans ECN, EDO et EDE, mais avec quelques variations d’épaisseur :
- en surface, une couche (n° 1) brune assez meuble, de 10 à 20 cm, contenant du mobilier moderne (céramique émaillée).
- en dessous, une couche (n° 2) d’argile grise compacte, contenant du gravier et diverses inclusions hétérogènes, mais presque stérile en mobilier ; cette couche atteint au maximum 20 cm, mais elle est plus mince dans EDE où elle disparaît vers l’est.
- en dessous, une mince couche (n° 3) d’argile claire stérile, de 2 à 8 cm, absente dans ECN, discontinue dans EDE.
- en dessous, une couche (n° 4) de terre sableuse, contenant beaucoup de petites pierres et presque tout le mobilier antique ; son épaisseur varie de 20 à 40 cm dans EDO et EDE, et atteint 70 cm dans ECN ; nous la jugeons immédiatement postérieure à la destruction du parement de moellons, parce qu’elle recouvre les moellons restés en place sur le radier.
- enfin, sur le radier, une couche (n° 5) gris clair, de 4 à 15 cm, gravillonneuse et dure, qui semble un dépôt intact, non bouleversé par les interventions anciennes dans les égouts ; elle est pauvre en mobilier.

(Coupe dans le comblement de la partie nord de l’égout cardinal.)


(Coupe dans le comblement de l’égout décuman Est.)

8. Le mobilier recueilli

        L’étude complète et détaillée du mobilier recueilli n’a pas encore été faite. Voici cependant un aperçu significatif.
        Dans ECS, la majeure partie du mobilier est post-médiévale ; nous y avons recueilli, par exemple, un fond de vase en verre polygonal moderne et des tessons de céramique émaillée variée (plat à feu, cruche, marmites, jattes, coupe carénée (dont la panse présente un angle net), couvercle, bougeoir, terraillette (poterie miniature pour enfant)…). Pour l’antiquité, nous pouvons signaler quelques rares débris de tegula (tuile plate romaine), de céramique commune, un tesson de sigillée claire A, un autre de sigillée à décor de guillochis. Un morceau de moulure en marbre n’est pas datable.
        Dans EMO 3, nous avons trouvé très peu de choses : un tesson de sigillée à relief, un de sigillée orange lisse. Le vase qui se trouvait caché dans EME est une petite jarre en céramique dont seul l’intérieur est émaillé (jaune). Elle possède deux anses verticales de section aplatie, fixées sur le haut de la panse ; diamètre de l’ouverture : 15 cm ; diamètre du fond (plat) : 12,6 cm ; elle mesure 27 cm de haut, la panse mesurant 22,4 cm de diamètre maximum ; datation incertaine (XVIIe – XIXe siècle ?). C’est le seul objet entier découvert. Elle a été cédée à J.-P. Couelle.

(La jarre cachée dans l’égout mineur est.)

        Voici les catégories d’objets antiques représentées dans la couche n° 4 de ECN, EDO et EDE, ainsi que quelques objets isolés : (photos)
- tessons de céramiques communes variées, souvent avec inclusion de grains de dégraissant
- céramiques à pâte claire
- sigillée claire A
- céramique sigillée rouge à décor, notamment un tesson montrant un arrière-train d’animal, un autre avec un décor végétal
- fragment de lampe à huile en pâte jaune et à surface rouge
- céramique d’allure indigène protohistorique modelée
- céramiques non identifiées : pâte rose à peinture rouge, pâte très fine à vernis noir
- tessons d’amphore (y compris anses, quignons) et de tegula
- rares éclats de verre et deux grosses tesselles de mosaïque noires
- tige fine en os ou corne
- tige de cuivre
- quelques charbons de bois

9. Interprétation de l’égout cardinal et des deux égouts décumans

        D’anciens repérages dans des caves des rues Adanson et Littéra, puis, à partir de 1977, les fouilles conduites dans le cloître de Saint-Sauveur par des archéologues professionnels, laissaient pressentir l’existence d’un cardo secondaire à cet endroit. Notre fouille a permis de confirmer clairement son existence. D’ailleurs, quelques mois plus tard, les mêmes chercheurs professionnels entreprirent des fouilles dans la nef romane de la cathédrale Saint-Sauveur, près de la sacristie, là où se dressait jadis la Sainte-Chapelle, et ils mirent au jour un autre tronçon de ce même cardo parfaitement aligné avec le tronçon dont nous avions fouillé l’égout et comportant un carrefour d’égouts analogue (plan déjà montré, § 1)
        Mais comment interpréter les deux égouts décumans que nous avons découverts ? Révéleraient-ils l’existence à cet endroit d’un decumanus secondaire ignoré ? Cette hypothèse se heurte à une très sérieuse difficulté, c’est l’existence, signalée au § 1 ci-dessus, d’un autre decumanus retrouvé au nord-est, dans la partie sud de la cour de l’archevêché. En effet, ce dernier n’est pas du tout dans l’axe de celui dont nous envisageons l’existence, mais s’en trouve également trop près pour qu’il y ait entre les deux la place d’un îlot d’habitation de dimension normale.
        D’autre part, à l’ouest du cardo sous lequel nous avons travaillé, s’étendait la place publique (forum ?) dont on ignore la limite sud exacte : soit elle se trouve à la limite sud de la place des Martyrs de la Résistance, soit un peu plus au sud encore, par exemple au niveau justement de notre égout décuman ouest. Il se pourrait alors que cet égout ait servi à évacuer l’eau de pluie ruisselant sur la partie sud-est de ce forum. Mais alors, comment interpréter l’égout décuman est ?
        Une autre explication toute simple est envisageable, valable aussi pour le tronçon découvert dans la cathédrale Saint-Sauveur : ces deux égouts d’axe décuman seraient à peine plus longs que la partie que nous en avons dégagée et ne serviraient qu’à renvoyer dans l’égout cardinal les eaux ruisselant sur le cardo et captées par des bouches d’égout sous les trottoirs. Cela expliquerait la quasi identité du remplissage de ECN, EDO et EDE.

*


   
   
   
   
   
   
 

 

   
   
   
   
   
   

 

Haut de page